130 livres

130 livres

Littérature, boxe anglaise et parfois les deux à la fois

Antoine Faure

Des chroniques de livres nouveaux ou anciens, essentiellement en littérature française ou américaine, et des émissions sur l'actualité et l'Histoire de la boxe anglaise. NB : les sujets sur la boxe sont regroupés en Saison 1, les sujets "Divers" en Saison 2. Textes disponibles sur www.130livres.com

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Terence Crawford vs Shawn Porter : le menton ne saurait mentir

Les Américains les appellent les « championship rounds », ces trois reprises de la fin d’un combat prévu en douze, celles à deux chiffres, les neuf minutes où les règnes s’achèvent ou se perpétuent. Les boxeurs y parviennent dans un état de fatigue intense, les muscles gorgés d’acide lactique, ivres de la douleur des coups encaissés, épuisés nerveusement par l’effort d’attention, le conflit permanent entre réflexes et choix tactiques, le mélange de peur et de haine pure qu’il faut contenir à tout prix...

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Villebasse, Anna de Sandre

La doucereuse désespérence de ceux qui peuplent nos villes moyennes inspire bien des auteurs d’un pays fasciné par son mal-être contemporain. À défaut d’y trouver des solutions, le génie français consiste à en faire des livres. Gare à la lassitude, cependant : Nicolas Mathieu a déjà trois successeurs au palmarès du Goncourt depuis qu’il fut sacré pour 425 pages consacrées à un vol de mobylette dans la Moselle profonde. Au moins l’auteur de Leurs enfants après eux avait-il su extraire un fameux morceau de littérature de sa poignée de destins tristement ordinaires. Pour accablant que puisse être le gris du réel, il ne justifie pas qu’on en fasse des bouquins ternes. Comme la bourgade éponyme de Villebasse, premier roman d’Anna de Sandre, baigne tout l’hiver dans la lueur bleutée d’une lune surnuméraire, une langue bien particulière éclaire les 37 courts chapitres de ce texte inclassable, empêchant le lecteur de trouver le temps aussi long que la plupart de ses nombreux personnages.

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Par le trou de la serrure, Harry Crews

Passer à peu près inaperçu à la rentrée littéraire est un défi accessible, comme le destin de plus de cinq cent bouquins l’attesta une fois de plus cette année. Par le trou de la serrure fut de ceux-là, un constat d’autant plus attristant qu’il justifiait que l’édition française poussât un fameux cocorico. Il s’agit d’un recueil de textes de Harry Crews constitué par l’auteur décédé en 2012 et jamais sorti jusque-là. Coup de chapeau à Finitude, donc, pour avoir obtenu l’accord de son héritier en vue de le publier dans la langue d’Alexandre Jardin à la suite du merveilleux Péquenots. Ce dernier consistait en une sélection d’articles parus dans trois grands magazines américains au milieu des années 70 ; en comparaison, Par le trou de la serrure forme un ensemble plus hétérogène de 27 billets écrits sur trois décennies. On s’aperçoit cependant à sa lecture que l’histoire ainsi racontée est d’une formidable cohérence : c’est celle d’un journaliste et romancier formé à l’art de la narration dans un coin où l’on écrivait pas, bouseux du sud revendiqué alors qu’il côtoya des sommités de l’intelligensia yankee, courageux pourfendeur de ses démons via l’écriture et théoricien d’une appréciable philosophie d’homme blanc à l’ancienne fort respectueux du monde qui l’entoure.

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Tigres à la dérive, Nicolas Zeisler

À dix ans, on gamberge, et le narrateur de Tigres à la dérive sans doute un peu plus que les autres. Son père, patron d’un dojo zen installé sur les bords de Loire, est décédé d’un cancer foudroyant. Sa mère Véra l’entraîne dans le Buenos Aires de ce début d’années 90 afin d’y retrouver Eduardo, son nouveau compagnon, un fameux numéro porté sur la poudre d’escampette, toujours à la poursuite de « femmes, maîtres zen ou les deux ». Ancien disciple du père du gamin, cet Eduardo qualifie le travail de préoccupation bourgeoise ; c’est le cas d’à peu près tout ce qui le contrarie. Pour survivre à ses angoisses, Véra s’accroche à lui comme à la philosophie bouddhiste, avec un discernement approximatif d’adorable paumée, mais reste férocement déterminée à assurer le bien-être de son gamin. Il est hélàs difficile de s’établir durablement à la capitale aux prémices d’une crise économique qui suit la chute de la dictature militaire : Véra et son fils iront poursuivre leur cure d’Argentine dans la douce Rosario chez la soeur d’Eduardo.

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Quinze rounds, histoire d'un combat, Henri Decoin

Quinze rounds, histoire d’un combat fut publié à l’origine comme un feuilleton dans les pages de l’Auto, ancêtre de l’Équipe, avant que Flammarion en propose la version complète en 1930. L’introduction du récit dudit combat tient en quatre pages à peine, le temps qu’un journaliste évoque sa rencontre avec un psychiatre lors d’un voyage en train. Le praticien lui fit assez forte impression pour qu’il consente à lui rendre visite dans sa clinique. Là-bas, le narrateur put observer un cas saisissant entre tous, celui de Battling, ancien boxeur répétant sans cesse dans le vide la gestuelle du pugilat de trop qui le priva de sa santé mentale. Le boxeur avait des lettres, ayant « fait ses humanités ». Avant d’avoir tout à fait perdu sa conscience, Battling livra dans un manuscrit son expérience subjective de ces quinze rounds maudits, intégralement retranscrite dans ce qui suit...