130 livres

130 livres

Littérature, boxe anglaise et parfois les deux à la fois

Antoine Faure

Des chroniques de livres nouveaux ou anciens, essentiellement en littérature française ou américaine, et des émissions sur l'actualité et l'Histoire de la boxe anglaise. NB : les sujets sur la boxe sont regroupés en Saison 1, les sujets "Divers" en Saison 2 Textes disponibles sur www.130livres.com

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Une brève histoire de l'ivresse, Mark Forsyth

Pourquoi buvons-nous ? Aussi douloureuse qu'inévitable un lendemain de cuite, la question s'impose plus largement dès que l'on constate combien la pratique s'est répandue dans le temps comme dans l'espace. Sur Terre, rares sont les endroits et les époques où l'être humain jamais ne picola. Il n'a d'ailleurs pas le monopole de l'ivresse : bien des animaux la pratiquent avec modération en consommant des fruits qui fermentent. L'alcool les attire, puis leur donne l'impression d'être affamés, ce qui leur permet de stocker d'autant plus de nutriments dans leur tissu adipeux. L'humanité a beau avoir développé l'enzyme de l'encaissement depuis sa descente des grands arbres, elle reste bien la seule à se coller d'authentiques ramasses avec enthousiasme et régularité. Son goût pour la gnôle fut très tôt déterminant dans l'évolution de son mode de vie : l'analyse des premières villes faisant foi, les historiens donnent à la bière un âge voisin de celui de la sédentarité et son brassage en fut probablement l'une des principales motivations... D'ailleurs, dès les Sumeriens, la bibine est omniprésente, on la boit à la paille dans d'archaïques tavernes et les débuts de l'écriture consistent à en tracer les échanges...

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Nobody, Ilya Naishuller

Pressé d’injonctions contradictoires, le bipède moderne à chromosomes XY se rêve parfois, au plus fort des contrariétés du quotidien, en héroïque et archaïque machine à tuer. Qu’il doive ce fantasme à sa nature, à la culture ou aux deux à la fois, celui-ci existe bel et bien, et ce Nobody-là l’exploite à la perfection.

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Il y a des niveaux, à ce jeu-là

« There are levels to this game« , il y a des niveaux, à ce jeu-là. Depuis que l’a claironné le champion de MMA Daniel Cormier, c’est devenu un mantra dans le milieu des sports de combat. Le rappel d’une évidence, celle que la chaîne alimentaire des professionnels a tout d’une pyramide à étages. Elle consiste d’abord en une large base d’anonymes qui ne vivent pas du prizefighting mais sur qui repose tout le système, parce qu’ils permettent à meilleurs qu’eux d’apprendre leur métier. On les reconnaît à leur palmarès riche de défaites, leur pète au casque diversement prononcé et leur mélange d’amour fou et de détestation pour ce sport. Au dessus-d’eux, on trouve les bons boxeurs, souvent en équilibre financier précaire, qui cachetonnent pour ambiancer le début d’une soirée ou tester un talent en devenir. Ils connaissent la musique, ce que l’on attend d’eux, les espoirs qui leur sont permis et ceux qui ne le sont pas. Souvent, ils restent à leur place, parfois ils chapardent un bout de gloire qu’on promettait à d’autres qu’eux.

Ces autres-là, ce sont les grands noms, ceux qui remplissent les sièges, déjà des athlètes d’exception. Sachant que la boxe est le plus dur des sports, ils auraient sans doute pu s’illustrer ailleurs. La vie a choisi pour eux, ou bien l’on tient des putains de passionnés, têtus de surcroît. Ils sont disciplinés, costauds, éduqués, endurants, vifs, résilients. Ils sacrifient beaucoup pour pas tant que ça. On cause d’eux sur internet et dans la presse locale. Ils gagnent des ceintures mais feront de vilains vieux, sûrement pas des très fortunés. C’est que le vrai jackpot ruisselle peu. On l’encaisse tout là-haut, à la cime, chez les stars, les cadors, la crème de la crème. Les champions qu’on achète en pay per view parce qu’en plus des qualités de leurs voisins du dessous, ils jouissent de vrais super pouvoirs qui les rendent quasi intouchables. Ils titillent l’imaginaire du grand public qui s’encanaille, les plumitifs enfilent sur eux les plus ciselés de leurs poncifs, ils peuvent enflammer pour un soir le béotien qui pigera dix pour cent de ce qu’il verra sur le ring, et qui en sera ravi.

Il y a des niveaux, à ce jeu-là.

Dans l’orgie de bonne boxe proposée samedi soir dernier, l’adage a pu se vérifier ou faire réfléchir à chaque combat.

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Les mains propres, Jean-Louis Bailly

Entomologiste français du XIXe siècle, Jean-Henri Fabre acquit une renommée mondiale depuis son village de Provence, en particulier pour ses articles de vulgarisation scientifique, bien qu’il fût largement autodidacte et longtemps ignoré par ses pairs. Il vécut assez vieux pour recueillir des hommages à profusion de son vivant, dont ceux du président Poincaré lui-même. Un tel saint laïc mériterait force panégyriques ; le projet littéraire d’un écrivain digne de ce nom, lui, consiste à user de la fiction pour en foncer quelque peu l’auréole en imaginant ce que put être sa part d’ombre. Pour ce faire, Fabre devient Anthelme, long sexagénaire aux yeux perçants et au profil d’oiseau de proie que les habitants de son patelin connaissent fort bien et redoutent peut-être un peu. Le bougre passe ses journées en extérieur à farfouiller la terre au soleil du Midi, mais ses mains arachnéennes demeurent étonnamment blanches. On prend l’érudit pour un vague rebouteux.

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Ransom, Jay McInerney

J’ai beau me revendiquer fan de longue date de Jay McInerney, je dois à mon récent passage chez un bouquiniste d’avoir découvert Ransom, son roman daté de 1985 dont je n’avais aucune idée de l’existence. Une telle omission la fout d’autant plus mal que l’auteur n’est pas le plus prolifique de sa génération. Pour la sortie française de son dernier livre Les jours enfuis, j’avais pourtant poussé le bouchon, lors des questions-réponses d’une conférence parisienne, jusqu’à bien laisser entendre à l’intéressé comme à l’assistance que j’avais déjà lu ledit bouquin en version originale. Au moment de signer mes exemplaires français et américain de ce « Bright, precious days« , McInerney, splendide sexagénaire au brushing aussi impeccable que le costume assorti à ses yeux bleu cobalt, s’était fendu d’un très étasunien « That was a good analysis » pour saluer mes trois commentaires en broken English. Sans doute eût-il à peine froncé un sourcil élégant s’il avait connu mes limites comme exégète certifié...