Je vous parle d'un temps que les moins de soixante-dix ans ne peuvent pas connaître, où les écrivains soignaient leurs autofictions au point de ne pouvoir être blâmés pour la supposée facilité du procédé. L'entretien donné par Maurice Pons et publié à la fin de Mademoiselle B. (1973) le confirme : l’homme se livre dans son texte en même temps que le romancier y exerce son art de « mentir vrai », comme le qualifiait Aragon, ce qui correspond absolument au principe de l'autofiction. Ici, l'auteur des Saisons brille autant dans la construction de son intrigue que dans le style (« substantifs pleins, adjectifs déliés » dit de lui un critique inspiré), sans même évoquer la profondeur des vérités mouillées d'acide qu'il livre sur son rapport tourmenté à l'écriture. Autant dire que l'affaire sonne mieux que quantité de tentatives autofictionnelles ultérieures. Elle a d'ailleurs ceci de remarquable que Pons, s'il affirma sur le tard que sa vie privée fut « complètement incohérente », s'appliqua à la garder secrète quand d'autres firent un atout commercial de la correspondance entre leur existence et leur œuvre...




