130 livres

130 livres

Littérature, boxe anglaise et parfois les deux à la fois

Antoine Faure

Des chroniques de livres nouveaux ou anciens, essentiellement en littérature française ou américaine, et des émissions sur l'actualité et l'Histoire de la boxe anglaise. NB : les sujets sur la boxe sont regroupés en Saison 1, les sujets "Divers" en Saison 2 Textes disponibles sur www.130livres.com

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Badroulboudour, Jean-Baptiste de Froment

Antoine Galland a dépassé quarante ans, « l’âge où l’on cesse officiellement d’être jeune » ; à compter duquel, partant, l’inexpérience n’aura plus jamais valeur d’excuse refuge. Après quoi subir et faire profil bas, pour qui y était déjà enclin, occupent une place croissante dans l’emploi du temps d’un milieu de vie. C’est ainsi qu’Antoine affronte stoïquement le supplice infligé par ses deux filles Garance et Aubépine dans le hall de l’aérogare où les attend le prochain vol pour Alexandrie. Loin de la France et de leurs mère et ex-femme, tous trois séjourneront au Kloub, village de vacances prisé des ploutocrates, en tant que M.E. ou « membres exquis ». Quelques pages auront suffi au lecteur pour connaître Antoine comme son frère ou son prochain, pour peu qu’il soit familier de cette époque de l’existence et de ses implacables effets sur les introvertis contemplatifs : l’homme est dépassé, asservi, désespérément désireux d’être invisible à ses semblables. Au point de renier absolument, par son choix de l’exotisme mercantile et dévoyé du Kloub, sa vocation d’universitaire spécialiste de l’Orient...

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L'insoutenable légèreté du reitre

Six années durant, nanti d’un bras gauche de destruction massive, il écrasa les poids mi-lourds avec l’autorité d’un despote. Mais lorsqu’il fallut conquérir la catégorie reine, celle qui ajoute un zéro aux chèques du champion, peu importe la fonte qu’il souleva ou la bière et le poulet frit qu’il engloutit en désespoir de cause, le malheureux resta désespérément sec. Un poids lourd fluet qui tapait toujours fort, là n’est pas la question, mais dans des quintaux de barbaque en mesure d’absorber l’outrage tout en secouant le malheureux comme un prunier fraîchement replanté. La malédiction de Bob Foster, qui disposait de tous les atouts dont peut rêver un light heavyweight, fut son métabolisme désespérément constant au temps où les cadors de l’étage du dessus s’appelaient Joe Frazier et Muhammad Ali. Face à eux, c’est d’abord au sens propre que Bob Foster ne faisait pas le poids...

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Le Sang noir, Louis Guilloux

La saison s’y prête bien : abordons aujourd’hui un grand lésé de l’histoire du prix Goncourt, ce dont un fameux aréopage de grands auteurs – Gide, Malraux, Dorgelès, Aragon… – fit un scandale et son éditeur Gallimard un argument commercial : Le Sang noir de Louis Guilloux. Épais de 631 pages dans sa version Folio, le roman parut en 1935, soit un temps où l’Europe s’apprétait à illustrer avec panache le peu de leçons qu’elle aura tirées de la Grande Guerre, contexte de la présente intrigue. L’atypie fondamentale du Sang noir, ainsi que son caractère profondément subversif, consiste à ne jamais visiter les tranchées ou affronter la mitraille allemande : c’est loin derrière la ligne de front que se pose le regard du romancier, dans une ville moyenne de Bretagne qui ne sera jamais nommée – à titre indicatif, Guilloux était natif de Saint-Brieuc. On y trouve un camp de prisonniers allemands, une jeunesse changée à jamais par la boucherie héroïque ou sur le point d’y partir, toutes sortes d’immigrés de pays alliés ravagés par les combats, des femmes plus que jamais contraintes de faire tourner la boutique sans trop le faire remarquer, et un fameux bestiaire de bourgeois feignant le patriotisme à tout crin pour mieux s’intéresser à leurs nombrils alors que le monde entier s’effondre autour d’eux.

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Une cathédrale à soi, James Lee Burke

Comme promis dans le billet consacré à New Iberia blues, le tome prédédent de la série, à chaque été son Dave Robicheaux. Un an de plus, le prolifique octogénaire James Lee Burke m’aura donc procuré de quoi agrémenter mes heures de transat, et je goûte ce rituel avec le plaisir teinté d’urgence qu’on éprouve à honorer les traditions précaires. Il y aura des années sans nouveau Robicheaux, qu’il faudra même se souhaiter nombreuses. Depuis longtemps déjà, Burke joue avec la chronologie de sa saga pour que ce bon vieux Dave reste un flic présentable et puisse enchaîner bagarres et fusillades sans s’encombrer d’un déambulateur. Si le lecteur historique se sent grisonner d’un épisode à l’autre, « Belle-Mèche » subit lui-même une cure de jouvence : il est ici question d’une Amérique pré – 11 septembre et Katrina, donc d’un Robicheaux jeune et fringant sexagénaire.

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L'âme de Napoléon, Léon Bloy

Au moins le bicentenaire de la mort de Napoléon m’aura-t-il donné l’occasion de lire une première oeuvre de Léon Bloy, après l’avoir longtemps connu de réputation et redouté que la rencontre devienne de plus en plus risquée : avec l’âge me vient le goût d’une certaine modération, dont on ne saurait dire qu’elle caractérisât jamais le polémiste et romancier originaire de Périgueux. Face au risque bien réel de ne pas vibrer à l’unisson de l’éloge mystique qu’est L’âme de Napoléon, je me convainquis que la plume « bloyenne » – adjectif non valable au scrabble mais utilisé par ses connaisseurs -, flamboyante et acérée, pourrait à elle seule me convaincre de poursuivre ma découverte de l’auteur du Désespéré. À supposer, naturellement, d’éviter en chemin l’une de ces difficultés d’interprétation de son oeuvre qui donnent toujours matière à controverse au XXIe siècle. Je dois à ce titre saluer l’éclairage qu’apporte ici le dense avant-propos de François Angelier intitulé La Face de Dieu dans les ténèbres. Il resitue L’âme de Napoléon dans la très abondante littérature se rapportant à l’Empereur, remarquable par son universalité, du pamphlet à l’hagiographie. De toute évidence, Léon Bloy a beaucoup lu sur le sujet et son oeuvre en fut imprégnée depuis ses débuts.