130 livres

130 livres

Littérature, boxe anglaise et parfois les deux à la fois

Antoine Faure

Des chroniques de livres nouveaux ou anciens, essentiellement en littérature française ou américaine, et des émissions sur l'actualité et l'Histoire de la boxe anglaise. NB : les sujets sur la boxe sont regroupés en Saison 1, les sujets "Divers" en Saison 2. Textes disponibles sur www.130livres.com

En cours de lecture

Le Démon d’Hubert Selby Jr. et Viens plus près de Sara Gran : histoires de possessions

En matière d’incipits à forte puissance d’arrêt, la littérature française peut se prévaloir d’un certain « Aujourd’hui, Maman est morte » difficile à égaler, et pourtant on serait presque tenté de concéder le point aux Américains pour l’ouverture du Démon d’Hubert Selby Jr. :

Ses amis l’appelaient Harry. Mais Harry n’enculait pas n’importe qui. Uniquement des femmes… des femmes mariées.

Notons le choix délibéré du traducteur Marc Gibot de tourner le disque là où la version originale utilisait to screw, plus proche du verbe baiser ; le rendu n’en est que plus percutant et suggère que Selby, comme le lecteur aura le loisir de le constater, n’écrira pas la suite ganté de blanc. Jeune cadre prometteur et ambitieux d’une entreprise de Manhattan qui fait la fierté de ses parents, ledit Harry White fait preuve d’une même frénésie consumériste que le reste de l’Amérique des années 70. Et ce qu’il consomme sans compter, ce sont les femmes : sa vie entière est organisée autour d’elles. Il les choisit mariées pour le frisson que lui procure le risque et le peu de complications après coup. Si Harry vit toujours chez ses parents à Brooklyn, c’est pour ne pas être tenté d’en inviter ne serait-ce qu’une seule chez lui. Le jeune homme a pour routine de rondement déjeuner d’un sandwich, ainsi peut-il déambuler dans Central Park à la recherche d’une proie. Il ne boit pas, veillant à garder les sens affûtés, bien que ses incessantes sorties lui laissent les yeux rougis à son bureau le lundi matin...

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Clete, James Lee Burke

On aura donc pu attendre le 24e tome d’une série de romans policiers créée en 1987 pour avoir droit à une innovation d’importance, si l’on considère la confection somme toute classique des deux tomes dont l’intrigue fut transférée dans le Montana (Black Cherry Blues et Swan Peak) : le narrateur de Clete n’est pas Dave Robicheaux lui-même mais son meilleur ami au surnom éponyme, Cletus Purcel, ancien camarade de patrouille au temps où tous deux appartenaient à la police de la Nouvelle-Orléans. Et si Clete nous narre une enquête, c’est bien le ténébreux Dave qu’il raconte pour l’essentiel...

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Mademoiselle B., Maurice Pons

Je vous parle d'un temps que les moins de soixante-dix ans ne peuvent pas connaître, où les écrivains soignaient leurs autofictions au point de ne pouvoir être blâmés pour la supposée facilité du procédé. L'entretien donné par Maurice Pons et publié à la fin de Mademoiselle B. (1973) le confirme : l’homme se livre dans son texte en même temps que le romancier y exerce son art de « mentir vrai », comme le qualifiait Aragon, ce qui correspond absolument au principe de l'autofiction. Ici, l'auteur des Saisons brille autant dans la construction de son intrigue que dans le style (« substantifs pleins, adjectifs déliés » dit de lui un critique inspiré), sans même évoquer la profondeur des vérités mouillées d'acide qu'il livre sur son rapport tourmenté à l'écriture. Autant dire que l'affaire sonne mieux que quantité de tentatives autofictionnelles ultérieures. Elle a d'ailleurs ceci de remarquable que Pons, s'il affirma sur le tard que sa vie privée fut « complètement incohérente », s'appliqua à la garder secrète quand d'autres firent un atout commercial de la correspondance entre leur existence et leur œuvre...

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Solénoïde, Mircea Cartarescu

Sans doute faut-il un sens de l’humour bien particulier pour fonder la narration d’un roman aussi monstrueusement réussi que Solénoïde sur la voix d’un protagoniste dont la principale décision prise en 971 pages aura consisté à cesser d’écrire de la fiction. Ce personnage jamais nommé, professeur trentenaire dans le Bucarest des années 80 qui garde les cheveux longs en souvenir du temps où il aurait pu devenir écrivain, veut désormais éprouver par les mots les limites de l’expérience humaine, celle qui consiste en particulier à être un corps avec l’infinité des implications en jeu. Le roman s’ouvre ainsi sur une scène de bain puis de shampooing anti-poux – l’homme en attrape constamment par le truchement de ses élèves – détaillées à l’extrême. Pour lui, tout est organique, y compris l’écriture...

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Pour une bonne saison et des images Panini

C’est l’histoire d’un garçon qui aurait dû supporter le PSG. Déjà, il est né à Saint-Germain-en-Laye, et puis son voisin va en classe avec le fils d’un des joueurs, Mustapha Dahleb, qui a pas mal de ballon. D’ailleurs la première saison où il s’intéresse au foot, celle d’après la Coupe du Monde 1982, le PSG est très fort, 3e de 1ère Division et vainqueur de la Coupe.

Seulement voilà, c’est Saint-Germain mais c’est surtout Paris, et Paris, même à une poignée de stations via le RER A, il n’y va pas souvent. Et puis son grand frère supporte Saint-Étienne : il a entendu des dizaines de fois raconter Split, Kiev, Liverpool et les poteaux carrés, ce dont il a surtout retenu qu’on pouvait aimer un club dont on n’a qu’une vague idée de la localisation précise...