130 livres

130 livres

Littérature, boxe anglaise et parfois les deux à la fois

Antoine Faure

Des chroniques de livres nouveaux ou anciens, essentiellement en littérature française ou américaine, et des émissions sur l'actualité et l'Histoire de la boxe anglaise. NB : les sujets sur la boxe sont regroupés en Saison 1, les sujets "Divers" en Saison 2 Textes disponibles sur www.130livres.com

Podcast
En cours de lecture

La bouche pleine de terre, Branimir Šćepanović

La bouche pleine de terre.wav

La bouche pleine de terre.wav

Votre navigateur n'a pas réussi à lancer la lecture du média. Essayez de le télécharger.

Télécharger Télécharger ( 100 Mo )

Bouquin culte d'un auteur serbe, superbement édité en France par une maison pointue à souhait, qualifié de chef d'oeuvre par des blogueurs estimables entre tous et "livre préféré, tout court" de mon libraire : force est d'admettre que La bouche pleine de terre m'intimidait un chouïa. Un sentiment doublé d'une crainte, celle de louper le rendez-vous, faute d'avoir le profil requis. Car on décrit volontiers cette oeuvre comme une fable toute kafkaïenne, et mâtinée de poésie. Las ! J'admire Kafka, mais confesse qu'il me laisse tiède, et mon âme de poète aurait éclos depuis longtemps si le germe en existait. Au moins la lecture de ces 128 pages - en incluant un second texte, La mort de M.Golouja, et la postface - ne tournerait pas à l'épreuve d'endurance pour qui, comme moi, finit toute lecture aussi scrupuleusement que ses légumes. Au pire, je pourrais toujours en ricaner.

La bouche pleine de terre a donc le format d'une nouvelle, narrée d'un paragraphe à l'autre selon deux points de vue bien distincts. Le premier, en italique et livré à la troisième personne, est celui d'un homme en errance dont on ne connaîtra pas le nom. Accablé par la nouvelle de sa maladie incurable, il a quitté la ville en train, puis fui l'intolérable promiscuité de son wagon en descendant au milieu de nulle part, dans un paysage arboré et montagneux. Son intention, apprend-on très tôt, consiste à se donner la mort. Cherchant l'endroit propice, il court au hasard.

Podcast
En cours de lecture

Lève ton gauche ! et Comptés debout, Frédéric Roux

Lève ton gauche et Comptés debout.wav

Lève ton gauche et Comptés debout.wav

Votre navigateur n'a pas réussi à lancer la lecture du média. Essayez de le télécharger.

Télécharger Télécharger ( 99 Mo )

Deux pépites d’un même auteur, qui causent de Noble Art et dont les couvertures reproduisent un dyptique – signé Didier Paquignon – d’une violence achevée, comme si les bouquins se mettaient sur la tronche : autant dire que L’Arbre vengeur a le sens de la mise en scène. C’est visuel, c’est du brutal, mais pas seulement. Entre Lève ton gauche !, roman manifestement inspiré de l’expérience pugilistique de Frédéric Roux, et Comptés debout, compilation des meilleures anecdotes recueillies par l’intéressé sur les plus grands champions de tous les temps, ça castagne aussi pour savoir qui dit la vérité. Car la boxe est une inépuisable pourvoyeuse d’histoires, qu’elles adviennent hors du ring ou entre les cordes, et ses plus grands spécialistes s’appliquent rarement à isoler les faits du mythe.

Peu importe, au fond, si ce qu’on rapporte de Willie Pep, Jack Johnson ou Muhammad Ali est bien arrivé ou pas : on y croit parce qu’ils sont différents. Parce que le commun des mortels ne comprendra jamais vraiment celui qui met les gants pour boxer ses semblables, souvent pour pas un rond. Il est extraordinaire, au sens premier du terme ; ainsi, il fascinera toujours, et l’on croira sans peine à son étrangeté. Lequel des deux livres en dit donc le plus sur ces gars-là, de l’oeuvre de fiction ancrée dans le réel, ou du recueil de citations plus ou moins bidonnées ?

Podcast
En cours de lecture

De l'Assassinat considéré comme un des Beaux-Arts, Thomas de Quincey

De l'Assassinat.wav

De l'Assassinat.wav

Votre navigateur n'a pas réussi à lancer la lecture du média. Essayez de le télécharger.

Télécharger Télécharger ( 56 Mo )

Imaginez une société d’amis des Beaux-Arts dans le Londres de l’époque victorienne. Boiseries finement ouvragées, moquette épaisse, rayonnages entiers de belles reliures, montres à gousset, costumes en tweed de Savile Row, moustaches taillées au millimètre, cannes à pommeau d’argent, et sans doute quelques monocles. Une assemblée virile entre-deux-âges fait bombance, vide des tonneaux de sherry, rigole comme une bande de galopins sous le vernis bourgeois, et parfois même discute de la passion qui les réunit. On écoute des discours pleins d’emphase et d’érudition, on rivalise d’éloquence quand s’ouvrent les débats, on entonne des chants en latin, on ne passe guère loin du dérapage quand l’alcool a pris le dessus. Le tableau dressé s’avère d’un clacissisme achevé, à un détail près : plutôt que de sculpture ou de poésie, ces messieurs parlent de meurtre avec préméditation.

Podcast
En cours de lecture

Envoyée spéciale, Jean Echenoz

Envoyée Spéciale.wav

Envoyée Spéciale.wav

Votre navigateur n'a pas réussi à lancer la lecture du média. Essayez de le télécharger.

Télécharger Télécharger ( 47 Mo )

S’il fallait choisir un narrateur pour l’année 2020, je militerais avec ferveur en faveur de Jean Echenoz. L’homme ne tombe pas dans le premier panneau venu, on ne le sent pas non plus inflammable au moindre début de polémique, et il préfère promener un oeil amusé et curieux sur des détails pleins de sens à un étalage convenu de généralités d’usage. Bref, Echenoz travaille ici à distance, et risque, à cet égard, de s’aliéner un lectorat impatient qu’on lui colle le nez dans des passions – une attente dont on ne saurait certes contester la légitimité, mais il faudra alors changer de boutique.

Podcast
En cours de lecture

100 titres de bruit qui fait du bien – n°25 à 1 (mais pas que)

100 titres de bruit Partie 4.wav

100 titres de bruit Partie 4.wav

Votre navigateur n'a pas réussi à lancer la lecture du média. Essayez de le télécharger.

Télécharger Télécharger ( 99 Mo )

Le bouquet final : un maître marionnettiste, des poissons voraces, une momie atrabilaire et de l’hémoglobine comme s’il en pleuvait.